Forces : Positionnement de leader (numéro 2 mondial), marque forte
Faiblesses : Forte concurrence, pertes de parts de marché, dégradation de la rentabilité
Raisons de la Recommandation :
L’action de la société est l’une de celle qui a le plus baissé cette année au point de ne représenter plus qu’une capitalisation boursière de 11,5 Md€. Il faut dire qu’avec tous les avertissements sur résultats qui se sont succédés ces derniers mois, les investisseurs ne pouvaient que se montrer méfiants et solder leurs positions.
La consommation des ménages n’étant pas des plus vives, les chiffres de novembre ont été mauvais, les hypermarchés du groupe ont à nouveau reculé, confirmant sa troisième place en France avec 11,3 % de parts de marché seulement, alors que le leader, Leclerc, progresse encore, à 18,3 % ; l’écart se creuse, ce n’est pas bon signe, d’autant que la France compte pour environ 40 % dans la formation du résultat opérationnel. Les goûts des consommateurs ont changé ces dernières années, le groupe ne s’y est pas préparé, l’ouverture de Carrefour Market a été réalisée tardivement, et la pertinence de la transformation de certains hypers en Carrefour Planet reste à démontrer. Le management a prévu de faire le point sur ce concept en début d’année, d’ici là , il gère son parc immobilier pour lequel il a annoncé hier une cession de murs de 97 supermarchés pour 365 m€.
Tout ceci conduit les analystes à redouter un nouvel avertissement sur les résultats finaux, alors que depuis le début de l’année cinq ont déjà été formulés. Cette fréquence à elle seule démontre que le management ne maitrise pas très bien l’évolution de son modèle économique, ni l’impact sur les comptes. La dernière alerte en octobre prévoyait un recul de 15 à 20 % du résultat opérationnel contre 15 % jusqu’alors. Des actionnaires commencent à s’impatienter, ce qui peut se comprendre, et la presse a même évoqué récemment le remplacement du dirigeant actuel dont jusqu’ici la stratégie n’a pas apporté d’amélioration, ou même de début d’amélioration ; dans la mesure où les concurrents gagnent des parts de marché, cela signifie que le positionnement est à revoir, et il parait peu probable que l’offre publique que le groupe a annoncée sur Guyenne et Gascogne change grand-chose.
Malgré tout, la valorisation actuelle de la société semble exagérément faible : elle est légèrement supérieure à l’actif net comptable, ne représente que 12,7 % d’un chiffre d’affaires total d’environ 90 Md€, alors que celle de Casino, près de quatre fois plus petit, en représente 25 % ; elle est aussi voisine de celle de sa seule filiale immobilière dont une scission avait été prévue en début d’année, le chiffre de 11 Md avait alors été avancé. Ce qui revient à dire que le reste est compté pour zéro, c’est-à -dire ses actifs immatériels comme sa marque, son personnel, ses filiales étrangères, etc. Cette valorisation ne prend pas en compte non plus un redressement ultérieur des comptes, qui finira bien par se produire un jour, d’autant que la présence au capital d’investisseurs financiers dont les prix de revient sont de l’ordre de 45 à 50 €, et qui se sont renforcés cet automne, laisse penser qu’ils ne devraient pas se satisfaire très durablement de cette situation, sans parler des descendants de la famille fondatrice de Promodès qui sont toujours actionnaires.
Sur un plan plus industriel, certes les problèmes sont structurels, ils sont essentiellement français et européens, et ils devraient pouvoir être résolus d’une manière ou d’une autre ; par ailleurs la nomination d’un nouveau dirigeant, issu de la grande distribution par exemple comme l’avait évoqué la presse, suffirait probablement à redonner confiance au marché et arrêterait la pression baissière sur le titre.
Objectifs de cours:
Evidemment, il peut paraître osé de se porter acheteur dans un tel contexte de méfiance et de déception, mais il faudra bien qu’il se passe quelque chose un jour dans la conduite de la société, elle ne peut continuer comme cela longtemps. Il s’agit donc d’anticiper sur des changements, quels qu’ils soient, qui pourraient bien voir le jour en 2012. Le 19 janvier les ventes de l’exercice complet seront publiées, et avec elles peut-être quelques indications sur la manière dont le dirigeant compte s’y prendre pour redresser la situation. Le marché attend des résultats décevants, leur publication vers début mars ne devrait pas avoir de grande incidence sur le cours de l’action, mais par la suite, à l’approche de l’assemblée générale, des décisions pourraient être prises pour mettre fin à cette descente du cours. Vers 17 € la valeur ne nous semble plus très risquée, un investisseur dynamique devrait regarder le dossier, qui reste quand même le deuxième mondial de son secteur, quitte à renforcer la ligne si les résultats déçoivent encore. Un premier objectif de cours vers 22 / 25 € constitue une première approche, il capitalise autour de 15 fois les estimations de bénéfices du consensus pour 2012 ; à condition que le management redresse la barre.
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